Le Mexique attire à nouveau les investisseurs étrangers

May 9th, 2014  |  Published in Économie, Feature

Article de Paulo A. Paranagua, publié dans l’édition du quotidien Le Monde, datée du 9 mai 2014.

En 2013, le Mexique a réussi à attirer un chiffre record d’investissements directs étrangers (IDE) : soit 35 milliards de dollars (25 milliards d’euros). L’alternance politique – le retour aux affaires du vieux Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre), avec le président Enrique Peña Nieto, 47 ans –, a bénéficié à l’économie et redonné confiance aux marchés.

On parle même d’un « mexican moment ». Pourtant, la croissance du pays reste médiocre depuis trente ans ; et la prévision de 3 % d’augmentation du produit intérieur brut pour 2014 ne tranche pas avec la tendance antérieure.

La croissance ne semble pas bénéficier non plus des progrès accomplis par les entreprises mexicaines en termes de compétitivité.

Le ministre mexicain de l’économie, Ildefonso Guajardo, ancien député du PRI, explique ce paradoxe par le retard pris par les réformes structurelles. « L’accord de libre-échange nord-américain , entré en vigueur en 1994, a été suivi d’une dizaine de traités de libre commerce avec 45 partenaires, dont l’Union européenne, rappelle-t-il. Nous avons ainsi accédé à un marché d’un milliard de consommateurs. C’est l’absence de réformes qui explique notre croissance médiocre. »

M. Peña Nieto a mis à profit la longue transition entre son élection, en juillet 2012, et sa prise de fonctions, en décembre 2012, pour négocier un « Pacte pour le Mexique » entre les trois grands partis du pays et faire adopter les réformes énergétique, fiscale, éducative, de la législation du travail et des télécommunications.

RÉFORMES

Les investisseurs réagissent au nouveau climat des affaires. Le constructeur japonais Nissan va porter sa production au Mexique de 700 000 véhicules à un million. Des marques haut de gamme, comme Audi et BMW, songent à s’y implanter. Une cinquantaine d’entreprises françaises, à commencer par Total, s’intéressent aux opportunités offertes par la réforme de l’entreprise pétrolière d’Etat, Pemex.

« L’industrie va bénéficier dès 2015 du gaz de schiste américain, à bas prix, souligne le ministre. Les réserves de gaz du nord-est du Mexique seront exploitées aussi dès 2015. Un nouvel organisme sera chargé d’évaluer l’éventuel impact sur l’environnement. Enfin, les réserves en eaux profondes du golfe du Mexique pourraient être exploitées dès 2016. »

Les perspectives semblent alléchantes mais des difficultés persistent. La main-d’œuvre qualifiée reste insuffisante et une réforme éducative produit des résultats sur le long terme. Les Mexicains songent d’ailleurs à rappeler des ingénieurs à la retraite pour en faire des tuteurs. Par ailleurs, le pays, certes excellent exportateur avec une palette de produits diversifiée, est handicapé par un marché intérieur limité du fait de la persistance d’une pauvreté qui touche pratiquement la moitié de la population. Sur trois millions de véhicules produits au Mexique, à peine un tiers y est vendu.

Le gouvernement veut relever les dépenses sociales, sur l’éducation et la santé publique, grâce à la hausse des recettes fiscales. « C’est la meilleure façon pour que davantage de Mexicains fassent partie des secteurs gagnants de la mondialisation », conclut le ministre.